Un jour une patiente m’amène au cabinet sa fille de 8 ans qui se plaint de son dos après les cours de musique. Elle apprend le violon depuis 3 ans et je lui demande de me montrer comment elle joue pour examiner sa posture. Elle se penche en avant pour prendre l’instrument dans son écrin, en profite pour le caler entre le menton et l’épaule gauche, se redresse ainsi prête à jouer ce qui induit inévitablement une hyperlordose lombaire. Même sa mère qui est néophyte en la matière est surprise par cette posture disgracieuse et comment le professeur a laissé s’installer ça !
A l’aube du 21ème siècle, il est inadmissible qu’un élève soit abîmé par une activité musicale : si au départ un trouble postural n’entraîne que des dysfonctions fonctionnelles (réversibles), dans le temps elles vont produire des pathologies organiques (non réversibles par nos thérapies).
Il n’est pas concevable qu’un professeur de musique néglige le coté postural dans sa pédagogie. Didier Lockwood [1], violoniste déclarait : « « …de l’initiation ludique à la rigueur de l’apprentissage…. La distance qui sépare la fonction de professeur est souvent sous estimée et il convient de rapprocher, voire de superposer, « apprendre et enseigner ». Etre musicien et enseigner la musique ne font pas appel aux même qualités et nécessitent des compétences complémentaires. L’enseignement musical est un métier à part entière dont le pilier est la pédagogie. Il est indispensable de lutter contre la sclérose de l’habitude et de privilégier une approche individuelle qui ferait de l’apprentissage une rencontre. » »
Autrefois cet apprentissage était inexistant : pas dans le cursus scolaire.
De nos jours des possibilités sont offertes en France aux musiciens professionnels qui souvent enseignent dans des écoles, conservatoires :
• d’une part, grâce à la formation continue à laquelle je contribue depuis 10 ans avec le CNFPT [2]
• d’autre part, grâce aux soins individuels ostéopathiques et posturaux
Sur le plan national des regroupements médicaux pluridisciplinaires se sont créés par exemple à Lyon avec le Dr Vincent Travers [3] et à Paris avec le Pr. Raoul Tubiana [4].
Autrefois il était courant de dire à un jeune souffrant de la colonne vertébrale « Tient-toi droit ! », « Pas assez motivé » ou alors le médecin de prescrire « Musculation du dos et des abdominaux » puisqu’ à la radiographie il n’y a pas d’anomalie (fonctionnel non visible).
Les lésions articulaires, sous estimées par la majeure partie du corps médical, parce qu’elles sont mécaniques et non organiques, constituent pourtant un niveau de lecture, qui permet de comprendre cette dysfonction locale ou cette suite mécanique (si membres douloureux par exemple), mise en évidence et codifiée, par Roland Solère.[5]
En se posant ces questions, nous nous intéressons à une population jeune, dynamique, enthousiaste, voire « hypersensible » car mise à l’écart par la non considération de sa spécificité et assimilée aux autres professions.
Doit on entendre longtemps encore les : « Tiens-toi droit, ne t’avachis pas, redresse tes épaules » !
Que de phrases assassines, alors qu’il suffisait d’entendre de nos aînés :
« Pose toi, trouve ta place, laisse toi grandir, épanouis toi, respire librement ».
Depuis les années 70, de nombreuses méthodes posturales dites médicales ont fleuri, Mézières, Stretching, Eutonie, McKenzie……, chacune a ses avantages et ses indications, mais les plus efficaces sont les plus simples à mettre en place dans le ressenti du musicien et son usage quotidien.
Il est inutile de préciser que de tels faits d’observation ne permettent pas de conclure cette diatribe sans que nous ne présentions les solutions qui trouvent leur fondement dans le concept ostéopathique, solution que nous avons l’habitude d’employer, avec pour seule difficulté, celle de les faire admettre « médicalement »comme un apport intelligent au rétablissement de la santé.
Les pathologies fonctionnelles des musiciens méritent d’être étudiées dans le concept ostéopathique en complémentarité de la posturologie.
[1] Conférence Musique et pédagogie (la méthode) au 45ème congrès de la FNAPEC mars 2001
[2] Centre National de Formation du Personnel Territorial (ce qui dépend des mairies)
[3] association Bio Amadéus, Médi Arts France
[4]association Médecine des Arts (siège à Montauban)
[5] Enseignant et concepteur de la méthode de Rééquilibration Fonctionnelle®.